Un complot maçonnique au Congrès eucharistique de Montréal en 1910?

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À l’été 1910, une affaire de complot ourdi par des francs-maçons fait les manchettes des journaux montréalais. La conspiration viserait ni plus ni moins qu’à nuire à l’Église catholique. Première de trois parties d’une série qui retrace les événements qui ont marqué cette étrange histoire.

Le 11 février 1910, vers 21 h, des hommes pénètrent dans un appartement situé dans l’édifice du journal La Patrie, au coin des rues Sainte-Catherine et de l’Hôtel-de-Ville, à Montréal. Ils sont venus assister à une séance secrète de la loge maçonnique L’Émancipation.

Rattachée au Grand Orient de France, cette loge réunit depuis 1896 des Canadiens français qui ne se reconnaissent plus dans la franc-maçonnerie d’obédience anglaise. Leur préoccupation principale concerne l’éducation, qu’ils souhaitent laïciser et démocratiser.

Ce soir-là, ils sont entre vingt et trente hommes qui passent en revue les sujets habituels : le secret maçonnique, l’adhésion de nouveaux membres, l’instruction publique et la lutte contre la mainmise qu’exerce sur celle-ci l’Église catholique. Ils veulent « affranchir le peuple canadien du despotisme clérical », d’où le nom de leur loge. Durant la séance, un autre dossier s’ajoute toutefois à l’ordre du jour. Un des maçons met sur la table un projet controversé qui suscite la discussion chez les autres frères. Mais ce dont les membres présents ne se doutent pas, c’est qu’ils sont épiés et que leurs propos sont consignés par écrit…

Dans l’appartement situé juste au-dessous, trois hommes s’affairent à scruter et à répertorier les individus qui entrent dans le logement du haut. Il s’agit de l’agent de publicité du journal Le Devoir Charles-Albert Millette, de l’ingénieur Victor-Elzéar Beaupré et du médecin Joseph-Charles Bourgouin. Les trois hommes et deux autres comparses, qui ne sont pas présents ce soir-là, espionnent depuis des semaines les séances de cette loge. Ils sont issus de l’Association catholique de la jeunesse canadienne-française (ACJC), dont Beaupré est le président.

Fondée en 1904 par les jésuites, cette association cherche à entretenir le sentiment national et catholique auprès de la jeunesse. Elle veut notamment contrer la tendance laïciste au sein de la société, comme l’incarne la loge L’Émancipation. L’Église veut défendre ses prérogatives en éducation et c’est pourquoi les taupes de l’ACJC sont mobilisées et ont pris l’initiative d’espionner ces francs-maçons.

Pour capter les propos tenus lors des séances de la loge, les espions ont pratiqué une ouverture dans le plafond de plâtre. Debout sur des escabeaux, ils sont armés de phonographes et de stéthoscopes. Ils perçoivent le moindre bruit, même le tic-tac de l’horloge. Ce qu’ils vont entendre ce 11 février sera à l’origine d’une importante commission d’enquête de la cité de Montréal qui va retenir l’attention médiatique durant l’été 1910.

Complot contre l’Église

Selon ce que les espions affirment avoir entendu à la séance maçonnique du 11 février, les membres de L’Émancipation ont mis sur pied un projet de complot contre l’Église catholique lors du Congrès eucharistique international, qui doit se tenir à Montréal en septembre. L’un des frères de la loge aurait proposé de profiter du nombre important de prêtres qu’il y aura alors dans la ville pour en tromper quelques-uns et les attirer sous des prétextes dans des maisons de prostitution.

L’un des membres de la loge, Narcisse Léon Grandchamp, inspecteur de la police à Montréal, doit procéder à l’arrestation des supposés fautifs. Le complot prévoit des photographes-journalistes pour immortaliser les prêtres tombés dans le guet-apens. Les journaux du lendemain achèveraient le travail…

D’après les espions, la machination aurait été pensée par l’inspecteur de police Grandchamp et le secrétaire de la loge, Ludger Larose, afin de ternir l’image de l’Église. La proposition suscite l’enthousiasme des maçons en dépit des réserves de certains qui trouvent le procédé malhonnête et craignent pour l’avenir de leur loge si le plan est dévoilé. Néanmoins, un comité aurait été mis sur pied pour étudier la question.

À la recherche de preuves

Les espions disent avoir été sidérés par ce qu’ils ont entendu. C’est pourquoi ils ont décidé de poursuivre l’espionnage durant quelques semaines, à la recherche de preuves. Le projet de complot ne revient cependant dans la discussion qu’une seule fois, à la séance du 11 mars, lorsqu’un membre s’informe de ce qu’il advient du comité créé un mois plus tôt. Selon les espions, il n’aurait reçu aucune réponse officielle de la loge.

Au mois d’avril, l’une des cinq taupes de l’ACJC, Albert-J. Lemieux, réussit à mettre la main sur des procès-verbaux des réunions de L’Émancipation. Pour ce faire, lui et trois complices ont commis un vol à main armée sur la personne du secrétaire Ludger Larose. Les documents dérobés ne révèlent toutefois rien sur le complot.

Déçu par l’opération, Lemieux en profite pour publier une brochure dévoilant le nom des membres et le descriptif de certaines réunions de la loge, ce qui porte un dur coup à cette organisation qui désire rester secrète. Pour son méfait, Lemieux est poursuivi par Larose, qui a fortuitement reconnu son agresseur dans une librairie. Lemieux sera toutefois acquitté par un jury devant la Cour d’assises de Montréal en mars 1911.

La dénonciation du complot

Finalement, le 20 juillet 1910, après avoir tergiversé sur ce qu’il convenait de faire, Charles-Albert Millette décide de révéler ce que lui et ses comparses ont entendu le soir du 11 février. Il envoie une lettre au conseil municipal de Montréal dans laquelle il déclare qu’« il est de [son] devoir impérieux de dénoncer les méthodes, les complots et conspirations de la loge L’Émancipation, dont la mise à exécution jetterait sur Montréal un honteux discrédit ». Il se tourne vers la Ville de Montréal, car deux membres de la loge en sont des employés : Louis Laberge, médecin et directeur du bureau d’hygiène, et l’inspecteur de police Grandchamp.

Dès la réception de la lettre de Millette, sans attendre, le conseil municipal, qui tenait une assemblée ce soir-là, vote une résolution et crée une commission spéciale d’enquête formée du maire de Montréal, James Guérin, et de six « échevins » [conseillers municipaux] pour enquêter sur les agissements de la loge L’Émancipation. Le mandat de la commission est de « s’enquérir, sans délai, selon la loi, du bien-fondé ou du mal fondé des accusations contenues dans la lettre de M. Millette ».

Au cours des jours qui suivent, les commissaires tenteront de faire la lumière sur cette mystérieuse affaire.

 Publier le 8 aout 2020

À l’été 1910, une affaire de complot ourdi par des francs-maçons fait les manchettes des journaux montréalais. La conspiration ne viserait ni plus ni moins qu’à nuire à l’Église catholique. Suite aujourd’hui et fin la semaine prochaine.

Dans le premier épisode de cette série, un projet de complot contre l’Église catholique a été révélé au grand jour. Il aurait été échafaudé par des membres de la loge L’Émancipation, dans le but de gâcher le Congrès eucharistique de septembre 1910. Le projet, censé ruiner la crédibilité des prêtres, a été dénoncé par les espions de l’Association catholique de la jeunesse canadienne-française (ACJC) à la Cité de Montréal, qui a immédiatement mis sur pied une commission d’enquête pour élucider cette histoire.

Le 28 juillet, la comparution des témoins commence. Selon La Presse, « une grande foule de spectateurs » est présente dans l’antichambre du conseil municipal pour en apprendre davantage sur cette fameuse histoire de complot. Le maire, James Guérin, et les six échevins qui agissent à titre de commissaires sont en place. Ne reste plus qu’à assermenter le sténographe, et tous seront prêts à entendre les deux camps, assistés de leurs avocats respectifs, livrer leurs versions des faits. L’atmosphère est fébrile, dans l’attente de ce que Le Devoir qualifie de « piquantes révélations ».

D’entrée de jeu, les avocats des maçons mettent en doute la crédibilité de l’enquête et des accusations portées contre leurs clients. Selon eux, la Commission n’est qu’un prétexte pour nuire à la franc-maçonnerie et s’immiscer dans ses affaires. Les commissaires rétorquent que des employés municipaux seraient impliqués et qu’il est dans leur droit de s’enquérir de leurs agissements. Ces remarques préliminaires étant faites, on procède ensuite aux choses sérieuses : les interrogatoires.

Deux versions différentes

La Commission entend des témoins sur deux jours, le 28 juillet et le 1er août. Les témoignages des deux groupes concordent sur un fait : lors de la séance de L’Émancipation du 11 février, il y a bel et bien eu une discussion autour d’un complot contre le clergé et le Congrès eucharistique. Par contre, il y a discordance sur deux aspects de l’affaire.

Le premier aspect concerne l’origine de cette discussion. Les espions de l’ACJC soutiennent que l’idée du complot émane des francs-maçons eux-mêmes : « Il est à ma connaissance qu’on a dit que le complot avait été imaginé par les frères Larose et Grandchamp », affirme l’une des taupes.

Or, selon deux maçons présents à la séance du 11 février, la loge aurait plutôt reçu une lettre anonyme proposant de faire une descente dans les maisons de prostitution durant le Congrès, car « vous trouveriez là un tas de curés ». Durant cette séance, le secrétaire, Ludger Larose, aurait donc lu cette missive aux autres frères, d’où la discussion entendue par les dénonciateurs.

Le deuxième point de divergence concerne les suites données au projet. Selon les espions, à la fin de la séance, un comité aurait été mis sur pied pour étudier le complot, montrant l’intérêt des maçons. Ces derniers prétendent au contraire qu’aucun comité n’a été mis sur pied; le projet aurait d’emblée été rejeté et serait tombé dans l’oubli.

Ainsi, à la fin de la seconde journée d’interrogatoires, deux versions différentes s’opposent, et rien ne permet de trancher pour l’une ou l’autre. Le mystère reste complet.

L’affaire vue par la presse

Dans l’intervalle, les journaux s’emparent de l’histoire, qui occupe l’attention médiatique durant une partie de l’été 1910. Ceux-ci traitent cette affaire en fonction de leurs allégeances politiques et idéologiques.

Le Pays, fondé par Godfroy Langlois, un membre de la loge, qualifie l’accusation de complot de « fantaisiste » et considère que l’enquête municipale est « ridicule ». Au Devoir, le journaliste Omer Héroux lui est favorable et soutient qu’il est nécessaire d’aller « au fond des choses ». Idem pour le journal ultramontain La Croix, qui exige le licenciement des employés municipaux mis en cause. La Presse et La Patrie sont plus neutres et se contentent de rapporter les faits.

De jour en jour, ces différents journaux suivent le déroulement de l’enquête et cherchent des faits saillants à rapporter. Ils auront bientôt de quoi se mettre sous la dent…

Interruption de l’enquête

Avant de clore la séance du 1er août, le maire James Guérin affirme que les interrogatoires sont terminés et qu’un rapport sera déposé le 10 août. Mais pour une raison obscure, les commissaires font volte-face, rouvrent l’enquête et convoquent à nouveau des témoins le 5 août. Ont-ils de nouvelles données leur permettant d’espérer trouver de nouveaux indices ? Ou veulent-ils tout simplement, comme l’affirment les avocats de la défense, s’immiscer davantage dans les affaires de la franc-maçonnerie ?

On ne le saura jamais, car l’enquête est subitement interrompue le 4 août par un bref d’injonction prononcé par la Cour supérieure, à la demande d’un membre de L’Émancipation. Ce dernier se plaint que la Cité de Montréal n’avait pas le droit de mener cette enquête, qui n’est selon lui qu’un tribunal d’inquisition contre les maçons.

L’affaire se transporte donc du côté de la Cour supérieure, qui entendra le plaignant et le maire James Guérin. En attendant la décision d’un juge, il est interdit à la Commission de poursuivre ses travaux.

Le 21 septembre 1910, le juge Philippe Demers tranche. Il reconnaît le droit à la Commission d’enquêter sur les allégations concernant les employés municipaux, mais considère cependant qu’elle a outrepassé son mandat en investiguant au-delà de ses prérogatives. Les interrogatoires ayant déjà eu lieu, il permet toutefois aux commissaires de publier un rapport. La tentative de faire avorter la Commission est donc un échec pour les maçons.

Mais ceux-ci font un autre essai, avec le dépôt d’une nouvelle requête d’injonction venant de l’employé municipal Louis Laberge. Le 5 novembre 1910, le juge Napoléon Charbonneau répond favorablement à sa requête et interdit à la Commission de produire un rapport.

La Commission d’enquête de la Cité de Montréal, mise sur pied le 20 juillet, ne reprendra pas ses travaux et ne produira jamais de rapport dévoilant les conclusions de l’enquête. Ce faisant, on ne connaîtra point la vérité entourant cette histoire de complot contre le Congrès eucharistique.

 

Publier le 15 aout 2020, Matin Lavallée change sont texte de façon, à tromper les gens sur ce complot, qui veut-il protégé ?

Complot maçonnique ou complot catholique il y a 110 ans à Montréal?

À l’été 1910, une affaire de complot ourdi par des francs-maçons fait les manchettes des journaux montréalais. La conspiration ne viserait ni plus ni moins que de nuire à l’Église catholique. Troisième et dernière partie.

Dans le précédent épisode, on a suivi les travaux de la commission d’enquête montréalaise chargée de faire la lumière sur l’accusation de complot contre la loge maçonnique L’Émancipation à l’égard du Congrès eucharistique. Confrontée à deux versions des faits différentes et interrompue par un bref d’injonction prononcé par la Cour supérieure, la Commission a avorté sans avoir pu élucider cette affaire.

Montréal, septembre 1910 : la métropole est en ébullition et se prépare pour la tenue d’un grand événement : le XXIe Congrès eucharistique international. Cet événement religieux, le premier du genre à se tenir en Amérique, a été inauguré à Lille en 1881 et a pour mission de mettre en valeur l’Eucharistie auprès des fidèles. Pour l’occasion, des délégations religieuses de partout dans le monde sont attendues à Montréal, et rien n’a été ménagé par l’hôte d’honneur de l’événement : monseigneur Paul Bruchési. L’ensemble du corps épiscopal et la société montréalaise ont été mis à contribution pour faire de cet événement une belle réussite.

Du 6 au 11 septembre, l’événement religieux se déroule bien et n’est entaché d’aucun scandale de mœurs. Ce qui en subsiste est le célèbre discours d’Henri Bourassa, qui a enflammé la foule réunie à l’église Notre-Dame, le 10 septembre. Ce discours se voulait une réponse à celui de l’archevêque de Westminster, Francis Bourne, qui préconisait que la foi catholique se répande dans la langue anglaise au Canada. Bourassa lui répondit par un plaidoyer retentissant démontrant que foi catholique et langue française étaient indissociables pour les Canadiens français. Ce fut l’ovation pour le tribun et fondateur du Devoir, lancé huit mois auparavant.

Encore de nos jours, lorsqu’il est question du Congrès eucharistique, c’est ce discours inspiré de Bourassa qui revient dans la mémoire, laissant dans l’oubli la commission d’enquête et le supposé complot maçonnique. S’il y a vraiment eu conspiration de la part des membres de L’Émancipation en 1910, la dénonciation de l’espion Charles-Albert Millette a déjoué les plans.

Une affaire non résolue

Par contre, on ne connaît pas la vérité sur cette affaire, car l’enquête montréalaise a été interrompue sans faire la preuve des allégations de complot. Les seuls documents qui auraient pu nous éclairer sur la question, soit les archives de L’Émancipation, ont été brûlés par ses membres un mois avant la commission d’enquête, lors de la mise en sommeil de la loge.

En effet, L’Émancipation cesse ses activités en mai 1910. De plus, certains membres dont le nom a été dévoilé comme appartenant à la loge ont perdu leur emploi à cause de cette affaire. Ce fut le cas de Louis Laberge, qui a démissionné de son poste de responsable de la santé à la Ville de Montréal, et du secrétaire Ludger Larose, qui a perdu son travail d’enseignant à l’école Le Plateau. Par contre, l’inspecteur Grandchamp a conservé le sien à la police de Montréal.

En l’absence de preuves du complot maçonnique, certains historiens — dont Roger Le Moine, qui a étudié les loges québécoises du Grand Orient de France (GODF) — ont soulevé l’hypothèse du complot catholique. Selon Le Moine, les espions « de l’ACJC ont voulu tendre un piège aux maçons afin de les discréditer ». Cette histoire s’inscrirait donc au sein de la traque anti-maçonnique orchestrée par les jésuites à la tête de l’ACJC, chargés de combattre les ennemis de l’Église.

L’hypothèse est plausible, estime Guy Laperrière, historien spécialisé en histoire religieuse : « J’imagine mal les membres de la loge, qui sont plutôt de grands esprits, se lancer dans une campagne de bas étage de ce genre. Par contre, un tel scénario avait de quoi enflammer l’imagination des cerveaux surexcités des jeunes de l’ACJC. » Il faut préciser que l’existence de cette loge constitue une menace pour l’Église québécoise en ce début de XXe siècle.

En 1877, le GODF a supprimé l’obligation pour ses membres de croire en Dieu et en l’immortalité de l’âme, ce qui a engendré un schisme dans la franc-maçonnerie et ajouté à la méfiance du clergé à l’égard de cette obédience, qui est plus radicale dans son libéralisme.

Mais L’Émancipation constitue un spectre plus important pour l’Église du fait qu’elle a fait de l’éducation son cheval de bataille et qu’elle remet en question la mainmise qu’y exerce le clergé. Tout en dissimulant leur appartenance à la loge, ses membres œuvrent pour le rétablissement du ministère de l’Instruction publique, aboli en 1875, ainsi que pour l’enseignement primaire gratuit et obligatoire. Plusieurs maçons sont aussi parmi les fondateurs de l’éphémère Ligue de l’Enseignement, qui milite pour des réformes en éducation.

En outre, l’Église québécoise redoute de subir le même sort que son homologue française. Au tournant du XXe siècle, l’Église de France est malmenée par le gouvernement de la IIIe République, dirigé par des francs-maçons anticléricaux du GODF. Ceux-ci, par les lois d’Émile Combes, ont notamment exclu les congrégations religieuses de l’enseignement, en 1904. Puis, l’année suivante, la France, fille aînée de l’Église, sépare définitivement l’Église et l’État. Ce qui se passe en France constitue « l’une des principales préoccupations » de l’Église au Québec, affirme Guy Laperrière.

Tout cela pourrait expliquer la thèse du complot catholique avancée par Roger Le Moine. Mais en l’absence de preuves, ce dernier est dans la conjecture.

D’un autre côté, il ne faut pas oublier que le but principal de L’Émancipation, inscrit dans ses règlements, est « d’affranchir le peuple canadien du despotisme clérical », ce qui sous-entend une lutte contre les représentants de l’Église. L’atteinte de cet objectif aurait-elle pu expliquer la volonté de certains membres plus anticléricaux de fomenter un complot lors du Congrès eucharistique ?

Dans un contexte de lutte entre deux groupes, deux conceptions de l’humain et deux perspectives d’avenir différentes pour la société canadienne-française, les esprits peuvent s’exacerber de part et d’autre. Les deux hypothèses sont donc concevables.

En définitive : ce complot fut-il maçonnique ou catholique ? Dieu — ou le Grand Architecte de l’Univers — seul le sait !