Des patients «guéris» de la COVID-19, mais encore à l’hôpital

Les chiffres officiels sur les hospitalisations liées à la COVID-19 masquent une partie de la réalité. Près de 130 patients étiquetés « guéris » requièrent toujours des lits et des soins critiques, mais sont exclus des statistiques quotidiennes. Après plus d’un an de pandémie, c’est maintenant au tour des services de soins intensifs d’être à bout de souffle.

Le dernier bilan du gouvernement du Québec recensait mercredi 399 malades hospitalisés pour la COVID-19, dont 101 aux soins intensifs. Une baisse plus qu’encourageante.

Cependant, c’est plutôt autour de 530 patients malades qui tiennent toujours en haleine les hôpitaux et les unités de soins intensifs du Québec, révèlent des données du ministère de la Santé et des Services sociaux. Pas moins de 130 de ces patients échappent au décompte officiel, car ils sont considérés comme non infectieux après 21 jours, donc officiellement « guéris ».

« Ces patients n’apparaissent pas dans les statistiques diffusées, mais ils sont encore là, et plusieurs sont encore très malades. Aujourd’hui, nous avions huit patients COVID et autant de patients “ex-COVID” dans notre unité. C’est une charge très lourde qui continue d’avoir un impact sur le nombre de lits disponibles », a expliqué au Devoir en début de semaine le Dr Martin Albert, intensiviste à l’hôpital du Sacré-Cœur et directeur du programme de soins intensifs de l’Université de Montréal.

« La baisse de cas se fait sentir, mais nous, nous serions incapables de remonter au-delà de notre capacité actuelle de 34 lits, et de se rendre à 52 lits comme à la première vague », dit-il, d’avis que les statistiques officielles tronquent une partie de la réalité.

Des patients toujours malades

L’ajout de ces patients « guéris » aux statistiques ferait gonfler de 20 % à 30 % le nombre réel des hospitalisations « hors soins intensifs » rapportées pour la COVID-19, selon les données du 24 mai. Ces patients comptent aussi pour environ 20 % de la centaine de malades toujours admis aux soins intensifs en raison du coronavirus.

399
C’est le nombre de malades hospitalisés pour la COVID-19 recensés au Québec mercredi.

« On a des patients qui sont restés aux soins intensifs plus de 100 jours ! Même si ces longs séjours sont moins fréquents durant cette troisième vague, ces patients occupent tout de même des lits et requièrent des soins », observe le Dr Mathieu Simon, chef de l’unité des soins intensifs de l’Institut universitaire de cardiologie et pneumologie de Québec-Université Laval (IUCPQ-UL).

Dans certains hôpitaux, ces patients « guéris » sont presque aussi nombreux sur les étages que ceux qui sont comptabilisés dans le bilan COVID. C’est notamment le cas à l’hôpital Santa Cabrini (14 patients COVID, 14 « guéris » hospitalisés), à l’Hôpital général juif (16 et 9), à l’hôpital Anna-Laberge, en Montérégie (6 et 6), à l’hôpital de l’Enfant-Jésus de Québec (19 et 12) ainsi qu’à l’hôpital du Pontiac (5 et 5) et celui de Hull (28 et12) dans l’Outaouais.

Bien que la baisse des cas d’infection fasse « voir la lumière au bout du tunnel » au personnel de la santé sur le front depuis plus d’un an, la désertion de la main-d’œuvre achève de miner le moral des troupes, affirme le Dr Albert. « C’est ce qui reste le plus difficile, la perte de personnel. Ça crée une lourdeur pour tout le monde. On va mettre des années à rebâtir ce qu’on a perdu », croit-il.

Un constat que dresse aussi le Dr Germain Poirier, chef de service des soins intensifs de l’hôpital Charles-Le Moyne. « La pression sur le système, ce n’est plus juste la COVID, c’est le manque de personnel. Dans notre unité, on a réussi à embaucher des gens… qu’on n’a pas réussi à garder », affirme celui dont les équipes ont été décimées par les congés de maladie, les changements de carrière et les départs à la retraite.

Soins intensifs sous respirateur

« On aura quatre lits sur 20 fermés à l’unité de soins intensifs cet été, soit 20 %, par manque de ressources humaines », ajoute le Dr Poirier.

Dans son hôpital, la saignée a touché toutes les professions appelées au chevet des patients, notamment le personnel infirmier spécialisé en soins intensifs, qui prend des années à former. « Il manque environ le tiers du personnel », dit-il.

630
C’est le nombre réel de patients hospitalisés qui ont été atteints de la COVID-19.

Malgré ces conditions difficiles, le réseau des soins intensifs du Québec a réussi à bien performer, notamment à limiter les admissions, les taux d’intubation et la mortalité des patients, se console le Dr Poirier.

« On a très bien tiré notre épingle du jeu en ajustant individuellement les traitements en fonction des risques pour chaque patient », explique-t-il. Au Canada, environ 20 % des patients hospitalisés ont dû être admis aux soins intensifs et 3 % ont dû être intubés.

Selon le Dr Mathieu Simon, chef des soins intensifs de l’IUCPQ-UL, au Québec, le taux d’admission des patients COVID aux soins intensifs dans les hôpitaux québécois durant les première et deuxième vagues aurait plutôt oscillé entre 14 % et 20 %, selon les régions.

« On a développé beaucoup de techniques pour oxygéner les patients sans intubation, même hors des soins intensifs. On a transformé des étages entiers en soins intermédiaires, ce qui a permis aux soins intensifs de ne jamais être submergés, comme dans d’autres provinces », relève-t-il.

« La créativité née de l’urgence et la solidarité » ont permis d’arriver à une organisation optimale des soins intensifs depuis le début de la pandémie, et ce, malgré la fragilité préalable du réseau québécois. « Avant la pandémie, les soins intensifs étaient déjà à bout de souffle de façon chronique. Mais on s’est solidarisés, entraidés, poursuit le Dr Simon. J’espère qu’on va trouver des solutions pérennes à notre réseau, car la pandémie a démontré que l’efficacité des soins intensifs est centrale dans notre système de santé. Sans soins intensifs efficaces, on ne libère plus les urgences, on arrête les chirurgies. On est les garants de la fluidité du système. »

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