Quand la réalité électorale rattrape une chronique de Karine Gagnon

Le PCQ devait disparaître. Il entre finalement à l’Assemblée nationale avec 19 députés.

Il y a parfois un problème avec les prédictions politiques : lorsqu’elles sont présentées comme des certitudes, la réalité finit toujours par avoir le dernier mot.

Dans une chronique consacrée à Éric Duhaime et au Parti conservateur du Québec, Karine Gagnon écrivait que le PCQ était en perte de vitesse, qu’il ne représentait plus une véritable alternative et que la grande région de Québec risquait même de se retrouver isolée en continuant à appuyer le parti.

Plus loin, elle affirmait que, à la lumière de ce sondage et de bien d’autres , Éric Duhaime et le PCQ n’avaient ( aucune chance de se retrouver ) à la table des décisions.

Une affirmation plutôt catégorique.

Le problème, c’est que les électeurs ont ensuite voté.

Et le résultat est assez différent du scénario présenté dans cette chronique.

Le PCQ a fait élire 19 députés à l’Assemblée nationale. Éric Duhaime a lui-même été élu dans Bellechasse et son parti a réalisé une percée historique, notamment dans la grande région de Québec et sur la Rive-Sud.

Autrement dit, le parti qui devait être le « grand perdant » du scénario présenté avant l’élection se retrouve maintenant avec une présence parlementaire que personne ne peut simplement balayer du revers de la main.

Le problème n'était peut-être pas le sondage

Il faut évidemment faire la différence entre un sondage et une élection.

Un sondage mesure les intentions de vote à un moment précis. Une élection mesure ce que les électeurs font réellement lorsqu'ils se rendent aux urnes.

Et dans ce cas-ci, l'écart mérite qu'on s'y attarde.

Quelques jours avant le scrutin, Qc125 projetait déjà 19 sièges pour le PCQ, avec une fourchette de 11 à 26.

La réalité électorale s'est donc révélée beaucoup plus complexe que le simple portrait d'un parti en train de se dégonfler .

Le PCQ n'a évidemment pas remporté l'élection. Il ne forme pas le gouvernement.

Mais entre « être le grand perdant » et faire élire 19 députés, il y a tout de même une différence considérable.

Et cette fameuse région isolée ?

C'est probablement l'un des passages qui méritent le plus d'attention.

L'argument avancé était essentiellement le suivant : si la région de Québec continuait à soutenir fortement Éric Duhaime, elle risquait de se retrouver politiquement isolée.

Or, le résultat donne une tout autre image.

Le PCQ a remporté plusieurs circonscriptions dans la région de Québec et a réalisé une percée importante sur la Rive-Sud. Le parti est maintenant représenté à l'Assemblée nationale avec 19 élus.

On peut évidemment être en désaccord avec les idées du PCQ.

On peut critiquer Éric Duhaime.

On peut considérer que son programme est mauvais.

Mais il y a une différence entre critiquer un parti et présenter son avenir électoral comme pratiquement réglé.

Une chronique politique n'est pas une boule de cristal

C'est ici que la question devient intéressante pour les lecteurs.

À quoi sert une chronique politique?

À analyser la politique, à confronter les idées, à mettre en perspective les sondages et à poser des questions difficiles.

Très bien.

Mais lorsqu'une chronique utilise des formules aussi définitives qu'aucune chance, le résultat devient particulièrement facile à vérifier.

Et dans ce cas-ci, la vérification est maintenant faite.

19 députés.

Ce n'est pas une majorité.

Ce n'est pas le pouvoir.

Mais ce n'est certainement pas une disparition.

Alors, le PCQ s'est-il dégonflé ?

On pourrait plutôt poser la question autrement : Si un parti que l'on présente comme étant en perte de vitesse réussit à passer d'un seul député à 19, faut-il vraiment parler d'effondrement?

La réponse appartient maintenant aux électeurs.

Quant aux chroniqueurs, leur travail recommence après chaque élection : expliquer pourquoi la réalité a correspondu — ou non — à leurs analyses.

Parce qu'en politique, les sondages peuvent se tromper.

Les chroniqueurs aussi.

Mais le bulletin de vote, lui, ne donne pas son opinion.

Il donne le résultat.

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