Quand j'ai serré la main du diable!

Analyse critique du fonctionnement et des pratiques des médias québécois

Les médias québécois traversent une crise structurelle majeure. Depuis que les plateformes numériques, notamment Google, captent une part estimée à près de 90 % des revenus publicitaires, les médias traditionnels ont perdu leur autonomie financière et, par conséquent, leur indépendance éditoriale. Cette dépendance économique les place dans une situation de vulnérabilité accrue face aux pouvoirs politiques et institutionnels.

Dans ce contexte, les décisions éditoriales semblent de plus en plus guidées par des impératifs de rentabilité et de gestion du risque, plutôt que par le devoir d’informer. Le groupe Québecor, sous la direction de Pierre-Karl Péladeau, illustre cette dérive : la logique économique y prime, parfois au détriment de la conservation des archives journalistiques et du droit à l’information du public.

Suppression massive d’archives journalistiques

À titre d’exemple, mon expérience personnelle avec Gesca / La Presse révèle la suppression de plus de 1 000 articles, principalement liés à Justin Trudeau. Ces articles n’ont été remis en ligne qu’après une intervention directe auprès de la direction de La Presse.
Chez Québecor, plus de 3 000 articles ont été retirés de l’espace public. Malgré mes démarches, seuls environ 1 500 articles ont pu être récupérés.

Québecor a ainsi effacé près de deux années complètes de production journalistique. Les articles liés à la pandémie de COVID-19, ainsi que ceux concernant les gouvernements Legault et Trudeau, ont été systématiquement retirés. La justification invoquée par l’entreprise — l’existence de « dates d’expiration » applicables aux articles — apparaît difficilement défendable sur le plan éthique et pose un sérieux problème quant à la préservation des archives et à la transparence de l’information.

Enjeux juridiques et responsabilité éditoriale

La suppression de ces contenus soulève des questions légitimes. Certains articles contenaient des propos susceptibles d’exposer leurs auteurs ou leurs diffuseurs à des recours civils, notamment en matière de diffamation ou d’atteinte à la réputation. Leur retrait massif pourrait s’interpréter comme une mesure de protection juridique.

Cependant, ces suppressions n’ont manifestement pas été effectuées sans l’accord des parties concernées. Elles semblent plutôt résulter d’un consensus interne visant à protéger les collaborateurs bénéficiant d’une large visibilité médiatique et ayant activement soutenu les orientations gouvernementales durant la pandémie.

Au-delà de la gestion du risque juridique, ces pratiques participent à une forme d’effacement de la mémoire collective. En retirant ces articles, les médias empêchent toute reddition de comptes, toute analyse rétrospective et toute confrontation des discours passés avec les faits actuels.

Discours public et responsabilité morale

L’adage selon lequel les écrits restent et les paroles s’envolent perd ici tout son sens. Les propos tenus à l’écrit ont certes été supprimés, mais leurs auteurs ont bénéficié d’un accès constant aux plateformes audiovisuelles de TVA et de QUB Radio pour tenir des discours stigmatisants, notamment à l’égard des citoyens non vaccinés.

Québecor Médias porte une responsabilité directe dans la diffusion de ces discours. Toutefois, cette responsabilité ne saurait être exclusivement institutionnelle. Les journalistes et chroniqueurs concernés avaient, individuellement, une obligation déontologique et morale de refuser de relayer des propos susceptibles d’alimenter la haine ou la division sociale.

Contradiction et perte de crédibilité

Il est pour le moins contradictoire de voir certains chroniqueurs et journalistes — notamment Mathieu Bock-Côté, Sophie Durocher, Loïc Tassé, Joseph Facal, Mario Dumont, entre autres — se positionner aujourd’hui comme défenseurs de la liberté d’expression, de la lutte contre la censure et des dérives gouvernementales, alors que les pratiques passées de leurs propres médias témoignent d’une suppression concertée de contenus.

Cette posture soulève une question fondamentale de crédibilité. Lorsque la liberté d’expression devient un argument mobilisé de façon sélective, au gré des intérêts économiques et médiatiques, elle cesse d’être un principe et se réduit à un outil rhétorique.

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